|
|
Comme au coin du feu, pendant les veillées qui rassemblaient la famille et les voisins, Marie-Thérèse Fischer nous confie les histoires que sa grand-mère lui a racontées sur le Ban de la Roche, le passage de Napoléon ou les sorcières de la Grosse Côte...
Illustrations Denis Betsch
Lire une légende :
Il faut bien de temps en temps faire du bois. Du moins, il le fallait quand on n’avait pas le chauffage central. Et puis, tu me diras ce que tu voudras, un bon feu de bois, c’est une autre chaleur.
Bref, cet homme-là (lequel ? Eh bien, celui dont je parle !) faisait du bois dans les parages de la Serva.
Soudain, il eut l’impression qu’il n’était plus seul, il leva les yeux et sa cognée resta en l’air.
Il avait devant lui, comme jaillie du rocher, une belle femme vêtue de blanc, avec une ceinture bleue, qui portait un magnifique bouquet de fleurs.
Toi, tu aurais peut-être pensé à une mariée, mais pas lui, vu que, à l’époque, on se mariait en noir. Si, si, j’ai encore la ceinture de mariage de la Marie du Charles, la Marie Maniguè, ma grand-mère. Au fond, ça pourrait faire un titre comique : « La mariée ceinture noire »…
Mais revenons du côté de la Serva, entre la belle femme en blanc et mon brave bonhomme qui avait posé sa cognée et regardait de tous ses yeux. Elle avait l’air de s’intéresser à lui, en plus !
Elle lui tendit son bouquet en silence, mais lui, surpris, ému, - bébête, en un mot - , le prit si maladroitement que tout tomba à terre.
Oh ! quelle surprise ! Au contact du sol, ce n’était plus des fleurs, mais de l’argent sonnant qui s’en allait tintant dans toutes les directions. Devant cette richesse, notre homme oublia toute galanterie. Il se baissa précipitamment pour ramasser les pièces.
Un gémissement désolé fit vibrer la forêt et la dame blanche, en larmes, disparut derrière le rocher. On ne l’a plus revue depuis.
J’aimerais bien savoir ce qui se serait passé si ce pingre s’était plus intéressé à la dame qu’à l’argent. Peut-être lui aurait-elle montré l’emplacement de grands trésors.
Maintenant, si tu montes là-haut, à la Serva, méfie-toi quand même. On y fait parfois une rencontre nettement moins romantique que celle-là ! Vrai de vrai, des gens disent qu’on a vu souvent trois géants se baigner tout nus dans la cascade. Voilà un spectacle qui ne m’enchanterait pas. Et puis, ils ne donnent pas de fleurs qui se changent en florins !
68 pages - 21/21 cm
couv. carton
ISBN 10 : 2-9513215-2-X
|